Étudier en musique, qu'ossa donne?

Portrait de Xavier Roy

Vous débutez/poursuivez/terminez un baccalauréat en musique. En soi, c'est un acte de rébellion, voire un anachronisme, mais peut-être encore davantage en 2015.

  • Notre époque, c'est l'ère du pro-am, c'est-à-dire la valorisation de musiciens ou artistes professionnels sans éducation formelle dans leur discipline, dont le succès est obtenu par des plateformes en ligne comme YouTube, BandCamp, SoundCloud, etc. Si ça vous intéresse: https://www.ted.com/talks/ben_cameron_tedxyyc?language=en
  • Notre époque, c'est l'ère de la mort de plusieurs modèles d'affaires traditionnels qui ont prévalu dans le monde musical et culturel depuis des siècles. Si ça vous intéresse: Who Killed Classical Music? (N. Lebrecht), entre autres.
  • Notre époque, c'est le public des institutions qui vieillit, le temps de loisir disponible qui diminue, la fréquentation des arts vivants qui stagne/régresse. Si ça vous intéresse: Engaging Art (Ivey et al.), Culture Track (Rapport de LaPlaca Cohen), statistiques récentes de l'Observatoire de la culture et des communications.

La semaine dernière, je suis tombé sur ce rapport fascinant de Hill Strategies, une boîte de recherche sur le secteur des arts au Canada (à suivre sur les médias sociaux, d'ailleurs, c'est gratuit!): L'éducation des artistes canadiens. Dans ce rapport, on y apprend notamment que seulement 11% des Canadiens de 25 ans ou plus qui détiennent un diplôme universitaire en art ont une profession artistique comme occupation principale. Énormément de jeunes Canadiens décident d'étudier une discipline artistique à l'université mais environ un étudiant sur dix décide ou réussit à en faire sa carrière principale. Dans ce même rapport, Hill Strategies démontre que 28% des artistes professionnels du Canada ont un diplôme post-secondaire dans une discipline artistique et que 23% des artistes professionnels ne détiennent aucune formation postsecondaire. En somme, un son de cloche ou une claque au visage, tout dépendant de votre degré de lucidité: un diplôme universitaire en musique de garantit pas grand chose. Je vous épargne la section du rapport sur l'endettement, le sous-emploi et le revenu moyen...

Comprenons-nous bien: je n'essaie pas du tout de vous décourager dans votre quête d'un baccalauréat en musique. J'ai un baccalauréat en chant classique et ne regrette pas du tout mon choix, puisque je considère que l'étude du chant m'a permis de développer plusieurs aptitudes et habiletés qui me servent quotidiennement aujourd'hui. Ce que je souhaite, c'est vous inciter à être proactifs, à ne (surtout) pas attendre que le train passe, à prendre avantage de toutes les ressources qui sont à votre disposition à l'université, à vous bâtir un réseau alors que vous êtes encore à l'école, à faire le plus de gigs possibles avant d'avoir votre diplôme, etc. Si vous ne voulez pas devenir musicien professionnel, vous avez de multiples occasions à tous les jours d'être créatifs, d'innover, de développer des skills qui vous serviront toute votre vie. Cependant, si vous voulez devenir musicien professionnel, comment vous assurez-vous en ce moment de tout faire pour y arriver?

Si on applique les résultats du rapport de Hill Strategies sur une classe de 40 élèves, il y aura moins de 5 artistes professionnels parmi vous dans quelques années. Que faites-vous pour être l'un d'eux?

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Il y a 14 Commentaires

Portrait de Vincent Ravary

Il est certain que ces données sont assez alarmantes. Le contexte actuel n'est pas très favorable à se développer (facilement) une carrière, mais je trouve assez subjectif de croire que les études en musique ne "garantissent" pas grand chose. Nous ne parlons pas ici d'investissement ou de placement, mais bien d'études supérieures, ce n'est (techniquement) pas une industrie. Je crois que tout dépendant de nos valeurs et notre barème de "réussite", nous pouvons aller chercher le plus d'outils et de contacts possible pour se développer non-seulement comme musicien(ne) mais comme être humain. Personnelement, si j'avais voulu étudier en musique pour me garantir des contrats et un bon salaire, j'aurais abandonné depuis longtemps. Mes études m'ont amené non-seulement de bons outils et des contacts, mais la garantie que j'ai eu c'est l'impression de perpétuer et de défendre quelque chose qui me tiens vraiment à coeur.

Portrait de Xavier Roy

Merci de ta réponse Vincent... et très content que ce petit billet suscite des débats! Comme je le mentionne dans le billet, je ne veux surtout pas décourager qui que ce soit de poursuivre des études universitaires en musique: je constate quotidiennement, comme je l'écrivais, que mon baccalauréat en chant classique m'a permis de me développer comme être humain bien au-delà de ce que j'aurais pu envisager à l'époque. Je suis, au contraire de ce que tu sembles affirmer, bien réfractaire à l'utilitarisme du «marché» universitaire.

Il y a deux éléments intéressants à explorer à partir de la réflexion que tu soulèves:

  • Comment la formation universitaire que vous recevez pourrait vous outiller davantage pour la réalité du marché actuel? Beaucoup d'étudiants sont plus ou moins proactifs pendant leurs études et à l'aise avec l'aspect business du milieu, ce qui ne veut pas dire du tout qu'ils sont moins talentueux.
  • Comment un diplôme en musique pourrait-il davantage être reconnu pour sa valeur intrinsèque, soit le développement d'une multitude d'habiletés et de talents qui peuvent servir dans une tonne de domaines différents (comme le montre l'étude de Hill Strategies, d'ailleurs)? Par exemple, un baccalauréat en droit est perçu comme un gage de rigueur, de pensée analytique et d'ardeur au travail par des employeurs de tous les secteurs d'activités. Le développement des mêmes qualités dans le cadre d'un baccalauréat en musique n'a-t-il pas la même valeur?
Portrait de Damien-Jade Cyr

Belle réflexion. J'aime la recherche la finesse dans la formulation des idées et des arguments. C'est vrai que cette situation peut s'avérer alarmante. De nos jours, il est vrai que le fameux papier universitaire peut sembler n'être seulement qu'un atout sur les emplois au sein des instituts d'études supérieurs. Cependant d'après mes expériences à l'Université de Montréal en interprétation jazz, je peux affirmer que les universités et CÉGEPS sont des immenses foyers de connaissances et de contacts, qui sont des atouts très utiles pour les futurs musiciens. selon mes expériences, je n'aurais probablement jamais acquis mon niveau d'expertise à mon instrument, ni eu autant d'expériences sur la scène si je n'avais pas choisi d'étudier dans ce domaine.

 

Je pense qu'il faut simplement ne pas avoir peur d'approcher les ''clients'' potentiels (et approcher les musiciens qui ont déjà de l'expérience de scène) pour se trouver des opportunités de concerts et de contrats et de se bâtir un publique, quelque soit notre niveau d'étude. 

Portrait de Louis-Olivier Desmarais

Intéressant. La musique est un bien vaste domaine et dépendamment de quel côté nous la pratiquons, la poursuite de longues études peut avoir un impact fort différent. De mon côté, étant étudiant en composition, je crois que les études me permettent (m'obligent) à prendre le temps qu'il faut pour développer un maximum d'outils et à peaufiner ma démarche de création. À prendre le temps qu'il faut pour trouver mon identité. Le tout, au coeur d'une communauté ayant les mêmes préoccupations.

La vie professionelle peut être parfois très longue et pleine d'évènements que nous n'attendions pas. Alors à mon sens, en création, nous avons intérêt à y arriver avec le maximum de compétences possibles. Avec une profondeur et une polyvalence qui idéalement, nous permmetront de pouvoir passer à travers les écueuils de la vie professionnelle et à avoir un maximum d'autonomie.

Ceci dit, je ne me fait aucune illusion quant à la valeur d'un Baccalauréat en musique sur papier. Cependant, je crois que le chemin parcouru pour obtenir cette mention est un élément qui, sur le long terme, peut s'avérer fort utile. C'est peut-être ce bagage qui fera en sorte que nous serons bien outillé(e)s pour soutenir cette vocation sur le long terme. 

Portrait de Xavier Roy

Très intéressant! Je n'avais jamais considéré cette notion de «prendre le temps» pour peaufiner une démarche artistique pendant le baccalauréat. Également, l'aspect «communauté» de la Faculté de musique permet effectivement d'être challengé et remis en question quotidiennement, tant par les collègues étudiant(e)s que les professeur(e)s.

Toutefois, en tant que compositeur (et fort probablement futur travailleur autonome dans ce domaine), quel sera selon toi le plus gros obstacle pour que tu puisses soutenir ta vocation à long terme? Est-ce que tu penses que ta formation universitaire pourrait/devrait être adaptée ou enrichie pour t'aider dans la gestion de ta carrière?

Portrait de Pierre-luc Houde

Merci Xavier pour ton billet de blogue. Ayant déjà un diplôme d'une institution artistique, l'École nationale de cirque, j'ai gravité dans l'industrie culturelle pendant un moment avant de prendre la décision de retourner aux études et d'approfondir ma démarche artistique. Parce oui, je penche du côté de Louis-Olivier, la démarche artistique est un long processus qui mérite qu'on lui accorde du temps et de la patience et qui surtout doit être nourri. Je pense encore après ma première session que c'était la meilleure chose à faire...

Au risque de sonner très cliché, on ne fait pas d'études en musique à moins d'être passionné et c'est dans la passion qu'est tout l'intérêt, toute la beauté et du même coup la vérité du geste artistique.

Qui c'est qui va travailler et gagner ça vie avec son diplôme et qui c'est qui travaillera pas? Si on va sur TED.com on se rends bien compte que ça tient souvent bien peu au talent. On additionnera plutôt un paquet d'autres facteurs...Ça a d'ailleurs été quelque chose de très frustrant pour moi dans les arts du cirque. Mon objectif c'était de me hisser dans le top 10 de ma discipline sur le plan technique au trapèze ballant. J'y suis arrivé avec beaucoup d'effort et pourtant, beaucoup de mes collègues qui n'avaient pas mon niveau technique on fait carrière au Cirque du Soleil alors que moi j'ai toujours évoluer dans un circuit différent, mais j'aurais bien pogner ce que je considérait (et encore maintenant des fois) comme la meilleur gig au monde. J'ai pas réussi à m'imposer dans cet industrie des arts du cirque, ou du moins pas à mon goût, malgré un savoir faire technique compétitif...

Mais c'est pas ça l'important, je me sers de mon histoire personnel pour t'exposer ce j'ai compris, ou aurais aimé comprendre avant...Le trapèze à changé ma vie, de la meilleure façon qui soit! Pas juste parce que c'était une expérience extraordinaire de faire l'École nationale (ça c'est comment ma matante le dirait...)

À mon sens à moi, c'est dans les universités qu'on forme l'élite intellectuel d'une société. Ça comprend aussi les étudiants en musique si tu veux mon avis. Ça rejoint une des grandes question de mon existence: Ça sert à quoi de former une élite artistique dans des les institutions supérieurs si peu d'entre eux trouveront du travail. 

La réponse du moment (et c 'est devenu un de mes mentras artistique), l'important c'est pas la compétence acquise, c'est la personne que tu es devenu en travaillant fort pour l'acquérir. Maîtriser une discipline de haut niveau, c'est choisir un chemin que tellement peu de gens choisiront de parcourir que ceux qui l'auront choisi seront transformé à jamais. Les musiciens, danseur, acrobates, comédiens et chanteurs de ce monde sont un apport extraordinaire à la société, qu'ils continuent d'évoluer sur scène ou trouve du travail dans un autre milieu, parce que ce qu'ils ont vécu à changé leur perception et aura un impact sur leurs agissements pour le reste de leur vie...Et ça s'applique à un paquet d'autres champs d'activités!

Portrait de Sara-Danielle Faucher

Ton billet fait des vagues Xavier! Ça donne envie de jaser... Au sens où je l'ai compris, tu sembles dire que le diplôme papier ne vaut pas grand chose. En effet, je suis d'accord que le papier en tant que tel ne nous garanti pas du tout de travail. Je reprends un peu ce que Vincent a dit, c'est-à-dire que pour ma part, je suis à l'université pour aller chercher des outils pour composer et baigner dans la musique, m'enrichir toujours un peu pluse pour pouvoir mieux créer, et connaître des gens qui ont la même passion que moi et qui pourraient devenir des cooéquipier. Sincèrement, le papier ne me servira qu'a prouver mes compétences professionnelles dans des établissement scolaires et des "jobs plus rationnelles" si je puis dire, qui sont des travails que je ferai afin de compléter mes revenus en tant que musicienne. C'est un plus, mais je suis à l'université pour le milieu et la formation, et non la finalité. :)

Portrait de Gabriel Messier

Merci Xavier pour ton point de vue et ces statistiques poignantes  qui font naitre cette discussion, ainsi qu'aux commentateurs qui l'enrichissent.

 

Il est absolument vrai de dire que le cheminement d'un baccalauréat en musique est d'une importance notable chez un individu, mais reste que le bout de papier (le diplôme) qui en résulte (et qui servira bientôt de décoration chez nos parents pour la plupart d'entre nous) n'est pas de grande valeur sur le marché du travail. La particularité de ce diplôme se distingue selon moi du fait que les résultats obtenus sont d'intérêt seulement à ceux qui souhaitent poursuivre leur éducation à un niveau d'étude supérieur. Autrement dit, comme vous le savez sans doute déjà, personne ne s'est jamais fait rappelé pour une gig à cause de leur A+ dans leur cours d'analyse. Si oui, je vous prie de me corriger!

 

Dans ce sens, j'adhère complètement avec ton point de vue Xavier lorsque tu encourages quiconque à être proactif pendant le baccalauréat. En effet, il est là le piège : "attendre le train". Évidemment, il peut  paraitre plus logique de se concentrer principalement sur ses études. Cependant, force est de constater qu'il est beaucoup plus profitable de bénéficier de l'environnement qu'offre une faculté de musique (ressource humaine, technologie, entourage etc.) plutôt que de se préoccuper de sa cote R. Voici la réalité de notre domaine d'étude.

 

Portrait de Émile Farley

Personnellement, les études en musique me permettent de travailler comme musicien. Je suis peu fonceur en tant que personne et c'est l'école qui m'a obligé à cotoyer de nouveaux musicien(ne)s. Je n'aurai probablement jamais rencontré ces personnes si ce n'était pas dû à l'école. Disons que l'école me prépare au travail professionnel et rationnel de la musique et m'offre un kickstarter interpersonnel pour mieux entrer dans le cercle des musiciens de Montréal. Je pense donc que l'école peut être nécessaire pour certain(e)s musiciens afin de jouer de la musique un peu partout. Il faut donc être proactif pendant que nous sommes à l'école comme tu l'as souligné. 

 

Portrait de Shaun Pouliot

Ces statistiques sont très révélatrices. C'est d'ailleurs pourquoi je vais aléger ma prochaine session à 2 cours/semaine. J'ai besoin du temps nécessaire pour faire évoluer mes projets à l'extérieur. Je ne peux pas négliger les aspects positifs de mon éducation musicale. Mais il faut se demander: quand-est-ce que l'on estime en avoir appris assez? Jamais. Cela dit, on peut tout de même continuer d'apprendre à l'extérieur sans s'endetter. Bref, pour mes besoins et ma carrière, l'école à temps plein, ça m'encombre! 

Portrait de Jonathan Moreau

Durant mon Bac en classique, j'ai remarqué que la seule chose qu'on fessait, c'était de se préparer à jouer dans un orchestre. On ne parlait jamais de comment réussir comme musicien si tu n'as pas gagner d'audition. Je crois que d'avoir des professeurs qui ont seulement connu '' la belle époque''  nous aident pas nécessairement. Je ne croit quand qu'on doit attendre qu'un musicien parte et auditionner contre 200 autres musiciens assoiffé de sang pour 1 poste. Il faut prendre toute les opportunités pour jouer!    

Portrait de Mathieu Turcotte

Les instutions musicales ne font pas l'artiste, elles donnent les ressources nécessaires (professeurs, locaux de pratiques et ensembles) afin de mieux te former tes habiletés à l'instrument. Par contre, comme dans n'importe quel domaine; si l'élève ne fait pas un effort de sa part, il ne verra pas l'efficacité de ces opportunités. Trouver un poste aussi est difficile, mais avec ce que l'on a vu de nos cours, il faut user de créativité et d'authenticité pour faire sa place autre que faire partie d'un ensemble reconnu.

Portrait de Patricia Chmurzynski

Les données sont intéressantes et pertinentes. Dans le domaine des arts- où la concurrence est déjà très élevée et ou (presque) tous se battent pour une carrière en tant qu'artiste concertiste/soliste/chambriste-reconnu dans un orchestre internationale, ce n'est vraiment pas facile de se trouver une job fixe. Il y aura toujours des hauts et des bas. Tous ne sont pas nés pour vouloir atteindre ce sommet dans l'art. Certains préffèrent jouer dans un orchestre, d'autre aiment bien jouer pour leur tante et oncle ainsi que leurs amis.

Les gens ont souvent peur du risque, c'est pourquoi le pourcentage de personnes ayant fait leurs études suppérieures en arts sont moins élevés. C'est un domaine risqué. Il faut l'admettre, et ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre ce risque et beaucoup de sacrifices dans la vie. 

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