Alaclair ensemble

Portrait de Hugo Phillips

J'aime beaucoup le rap, fière progéniture du jazz, d'après moi. J'ai toujours eu un faible pour les beats et les textes rythmés des rappeurs afro-américains. J'ai toujours associé cet art à la langue anglaise. J'ai vu des génies transformer la poésie en syllabes rythmiques. J'ai vu aussi ces textes être exprimés avec la même virtuosité que le saxophoniste lorsqu'il enchaîne les notes énergiques dans ses solos arabesques. La voix peut être maintenant deux instruments.

Le tout accompagné de trames sonores dansantes et créatives, je ne ressentais pas la même intensité lorsque j'écoutais du rap en français. Je le voyais plutôt comme de la poésie exprimée d'une certaine manière, avec une trame arrière n'évoquant pas la même puissance rythmique ressentie dans les sous-sols du Bronx. J'ai pourtant repéré quelques artistes ayant saisi l'essence du cette forme d'expression. Selon moi, cette « essence » se trouve dans le lieu où le rap est pratiqué. Si je reprend le Bronx pour exemple, on peut voir une manière de « rapper » et une manière de parler similaires chez les pratiquants. Je crois que le rap est l'expression d'un milieu, une manière de souffler les mots en rythmes et sons singuliers propres à l'interprète. Le fait de réciter un texte avec dynamisme en le jumelant à une bande sonore entrainante n'est qu'un principe de base. D'après moi, le créateur se doit d'incarner le concept pour en ressortir du nouveau. Et malheureusement, le rap français m'a semblé être une timide pastiche du rap afro-américain. Certains textes beaux, oui, mais pas vraiment vivants. Mais comme je l'ai mentionné plus haut, quelques lueurs font exception. Les musiciens du groupe Loco Locass furent les premiers à attirer mon attention. Je peux dire que l'une de leur œuvres, Spleen et Montréal, comble à la fois mon amour pour la langue française (dans ce cas-ci le joual) ainsi que mes attentes par rapport aux rythmes marquants à la Manhattan. Ils ont su incarner l'esprit du rap. Leur écriture et leur expressivité sont personnelles. Le poète habile défile élégamment sur les figures métriques, s'empare de la rythmique, et se dévoile avec l'éclat vif d'un Charlie Parker mécanique. Le joual est utilisé, son esprit de la bouche du musicien est décoré, comme un homme seul pourrait le sentir. Il explose. Il est une unité de la nation. Une unité maintenant brillante de par son authenticité.

Mais rapidement, la découverte d'une nouvelle formation (pas trop nouvelle mais nouvelle pour moi, on s'entend) a pris le premier plan. Alaclair ensemble, ensembles six créateurs forment l'avenir. Ils ouvrent une porte vers l'innovation. Dans une époque où tout semble avoir été expérimenté en matière de musique (du moins ce qui attire l'attention), le nouveau se base sur le vieux, un vieux façonné de progrès. Mais cette nouvelle formation échappe à ce principe. Ils ont non seulement incarné le rap de manière judicieuse, mais ils ont également développé un style totalement anarchique, de nouvelles couleurs sur la toile, un style qui s'est approprié le rap pour ensuite retravailler chacune de ses composantes, affectant du fait même tout le domaine musical. Lorsque j'ai fait leur découverte, je lisais leurs textes, et j'ai été épaté. J'ai vu dans leur travail des avalanches de sens, des jeux de mots, des déformations de mots, des figures de styles parsemant les enchaînements de mots créatifs, le tout au service du rythme. Du rythme, oui, puisque dédié à être exprimé sur une trame hip-hop.

Je dis hip-hop, mais vraiment, on est loin des beats explosifs nés dans les années 90, se répendant encore à ce jour sur les terres du globe, peuplées de gens formant les mailles d'un style bien ancré dans leur inconscient. Mais Alaclair a franchi les limites de ce que je pouvais imaginer de nouveau. Un mélange de tous les styles, ancrés dans le squelette de l'atmosphère rap, et les vers émis en rythmes brillamment élaborés, gravissant les nouveaux sons envoûtants de leurs pièces. Et alors que j'écoute le tout, je réalise que ce qui est écrit n'est pas du tout prononcé comme il devrait l'être. Je réalise qu'ils jouent avec le timbre de leur voix, leur accent, leur intonation, leur vitesse, lorsqu'un mot est prononcé. Ainsi, ce qui est exprimé et écrit peut différer dans certains cas (dire un mot français avec un accent anglais, par exemple). Dès le départ, ces artistes nous proposent deux sens à leurs chansons, signalant de ce fait l'intérêt mis sur l'innovation en matière d'expression du texte. Du coup, la façon de « rapper » et l'utilisation de trames sonores avant-gardistes (d'après-moi) se développent en parallèle et pourraient permettre aux rappeurs, écrivains, poètes, musiciens, Dj,... de partout, de trouver une riche source d'inspiration, bouillonnante de nouvelles idées. Une source d'inspiration qui travaille la créativité des curieux et des visionnaires en quête de nouvelles compositions plus poignantes que le passé lui-même.

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Portrait de Charles-André Leroux

Alaclair est très inspirant pour la façon dont ils ont su exploiter l'internet à leur avantage. En créant un site internet très dense en information, ils ont pu créer une forme de mythologie autour de leur groupe et créer un univers «bas canadien» unique. Ils ont aussi été dans les premiers à donner leur musique gratuitement à leur début afin de se batir un immense fan base. Ils ont ensuite fait preuve d'originalité en lancant un album à monter soi même à la maison ! En effet, nous devions mixer les tracks ensemble afin de pouvoir écouter convenablement la musique. À l'air où il est difficile de faire parler de son groupe, Alaclair Ensemble à réussi à marquer les esprits avec humour et ingéniosité. 

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