La musicothérapie, ou l'art d'ouvrir une porte

Portrait de Antoine Pigeon-Bourque

Depuis quelques années, j’ai la chance de jouer régulièrement de la musique pour des personnes âgées dans un CHSLD de la région de Montréal. Ainsi, j’ai pu me faire, au fil du temps, quelques réflexions sur l’effet de la musique sur l’humain.

Thérapie, vraiment?

Tout d’abord, j’aimerais préciser que je n’ai jamais étudié la musicothérapie et que je n’ai en aucun cas la prétention de me considérer comme musicothérapeute. Cependant, le simple fait d’être présent pour des personnes en perte d’autonomie qui sont parfois considérées comme un fardeau pour la société signifie beaucoup plus que ce qu’on pourrait imaginer. Certaines de ces personnes ont d’importants problèmes de cognition. Échanger avec elles paraît très difficile, voir impossible. Devant elles, on a parfois l’impression de se retrouver devant une porte close, incapable d’y pénétrer ou de dire ce qu’y se trouve de l’autre côté. On a alors l’impression de se trouver devant un mur. C’est ici que la magie s’opère.

Jouer de la musique... ou pas

Petite mise en contexte : mon travail avec ces personnes ne consiste pas seulement à jouer de la musique pour elles, mais à discuter avec elles, présenter les pièces et les instruments utilisés, parler du compositeur, du pourquoi et du comment j’ai appris cette pièce... ou même de ce que j’étais en train de manger la première fois que je l’ai entendue! Je peux ainsi me faire une idée du répertoire qu’ils ont envie d’entendre afin de mieux répondre à leurs besoins à la prochaine rencontre et, qui plus est, ils ont le sentiment (fondamental chez l’humain) d’être écoutés et appréciés à leur juste valeur.

Mettre son pied dans le cadre de porte

Tout ceci est vrai lorsqu’on parle d’une personne âgée encore relativement autonome, mais avec certaines d’entre elles, c’est beaucoup plus dur. On peut atteindre ce stade, mais cela requiert un certain travail ; lorsqu’elles entendent leur hit préféré de Tino Rossi ou qu’on leur chante Partons la mer est belle comme le faisait leur mère quand elles étaient petites, on assiste à quelque chose d’unique. La porte s’ouvre. Parfois très peu. Parfois durant quelques secondes. L’important, c’est que c’est à ce moment précis qu’une communication est possible. Parfois, l’état de ces personnes est si avancé qu’elles ont du mal à se rappeler du prénom de leurs enfants, ou pire, de leur propre prénom. Par contre, elles se souviennent de chaque couplet de leur chanson préférée qu’elles écoutaient dans les années 1940. C’est là qu’il faut profiter de cette ouverture pour essayer d’y mettre le pied.

Le soigneur soigné

Tout ça est bien beau, mais peut-on en faire vraiment un métier? Beaucoup de musiciens s'initient à la musicothérapie, mais peu en font vraiment leur job. Le travail avec des personnes peu ou pas autonomes peut en effrayer plus d'un. De plus, dans le contexte politique actuel, de plus en plus de résidences et de CHSLD sont loins de pouvoir se permettre d'engager des musiciens, faute de moyens. Cependant, les musiciens qui sont tout de même désireux d'en faire leur métier sont souvent plus que comblés des retombées d'un tel travail, tant sur le plan économique que personnel. De plus, ce travail procure, la plupart du temps, une satisfaction chez le musicien qui n'a d'égale que celle des bénificiaires.

Lorsqu’on se penche plus attentivement sur ces méthodes de « traitement », on se rend rapidement compte qu’il est parfois moins compliqué qu’on le pense de communiquer avec les personnes dont les capacités cognitives sont en rapide déclin. Qui sait, peut-être que la musique peut aider à ralentir ce déclin. De cette façon, nous pourrions redonner à ces gens une partie de la valeur qu’ils méritent.

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