L'enseignement spécialisé: troubles de concentration (TDAH)

Portrait de Sara Germanov

À chaque fois que l’on s’assoie pour pratiquer notre instrument, on demande inconsciemment à notre cerveau de s'occuper de plusieurs paramètres en même temps: le rythme, la lecture de notes, le synchronisme du tempo et du jeu musical, l’hauteur des notes, les nuances, etc. En regroupant tous ces paramètres, je me rends compte que la pratique musicale exige une concentration beaucoup plus exigeante que dans d'autres activités. Cette activité, souvent associée aux jeunes enfants, demande beaucoup d’attention, mais s’avère stimulante et intéressante. La musique, étant donnée qu’elle occupe un grand rôle dans la concentration d’un être humain, est une activité souvent attribuée aux enfants ayant des troubles de concentration, ou sont atteints par le TDAH :

« Le TDAH est un trouble neurologique. Les personnes qui en sont atteintes éprouvent de la difficulté à contrôler leur comportement et/ou à maintenir leur concentration. Généralement diagnostiqué à l'étape de l'enfance, ce trouble continue très souvent à se manifester à l'âge adulte. » : http://www.douglas.qc.ca/info/trouble-deficit-attention.

Il y a trois semaines, dans le magasin de piano où je travaille comme enseignante, une jeune mère est rentrée avec son enfant. Il vient tout juste d’avoir 3 ans. Elle a demandé pour des cours de piano et je lui ai dis :

Ah! C’est super, une adulte qui veut prendre des cours de piano ! (j’étais heureuse, car j’ai peu d’étudiant(e)s qui sont des adultes, la majorité sont entre 5 et 11 ans)

Elle m’a répondu :

« Ah non! C’est pour mon fils, il vient d’avoir 3 ans… »

J’étais, à ce moment là choquée ! Je me suis demandée si j’étais capable d’enseigner le piano à un enfant de cet âge. C’est jeune… trop jeune ? Ou bien, est-il un petit virtuose ? Un enfant prodige ?

J’ai réfléchis et je lui ai dis : « Pourquoi pas ! ».

Il était mignon, souriant et gentil, qu’est-ce qu’il pourrait bien faire de mal, à part qu’il ne réussisse pas.. mais bon, ce serait uniquement à cause de son âge.

Ce que je ne savais pas, c’était qu’il avait de graves troubles de concentration et d’attention (diagnostique dont je n’avais jamais eue contact avec auparavant). J’ai commencé à remarquer que ses mouvements étaient beaucoup plus drastiques et impulsifs que chez les autres enfants. Je pensais que c’était à cause de son âge. Ensuite, j’ai remarqué qu’il ne m’écoutait pas du tout.. mais pas du tout. J’avais beau clapper des mains, siffler, me mettre debout sur la chaise, crier son nom 10 fois, chanter des chansons d’enfants, jouer quelque chose, mais non… il était totalement absorbé par la couleur des murs qui nous entouraient, par la « clé de sol » qui était dessinée sur le tableau, par mon foulard rouge en petits motifs, par sa reflexion dans le piano, etc.

De plus, sa mère l’avait inscrit à des cours de 15 minutes/semaine, mais j’avais droit à son attention que pour 5 petites minutes dans ces 15 minutes là. Je ne sais pas quoi faire. J’ai essayé de parler avec sa mère, qui ne voulait rien me dire autre que : « Je suis peut-être un peu ambitieuse, mais je sais que la musique va le calmer. » Donc, c’est à ce moment là que j’ai su que ce n’était pas exactement à cause de son âge.

Bref, je me demande s’il ne faudrait pas qu’elle contacte un professeur spécialisé pour les enfants atteints du TDAH. Après mon troisième cours avec ce petit garçon, j’ai décidé de faire un peu de recherche sur les troubles de concentration et la musique. J’ai trouvé un article (travail de fin d’étude) qui s’intitule « Comment aider efficacement un enfant souffrant de troubles déficitaires d’attention/hyperactivité (TDA/H) en classe ? » par Céline Deward, où elle explique que la musique est utilisée dans les classes de primaire pour détendre et calmer l’enfant ayant ces troubles :

« Créer un petit coin détente dans le fond de la classe et permettre à l’élève d’aller écouter de la musique calme avec des écouteurs, de se bercer sur une chaise à bascule (Bergère), de se coucher dans de gros coussins,… » (http://tdah.be/sep/DewardCeline-tdahClasse.pdf, p.33)

Par ailleurs, elle affirme aussi que la pratique musicale, utilisée comme activité d’art, est capable de l’aider à s’exprimer et à mieux orienter son énergie :

« Réaliser régulièrement des activités d’arts plastiques telles que du théâtre, de la peinture, de la danse, de la musique,... Cela permet à l’enfant de s’exprimer et de réorienter l’énergie mal canalisée dans une direction positive.

Retour sur la piste : piste testée lors de mes stages en 3ème primaire normale et en enseignement spécialisé.

Aspect positif : l’enfant s’exprime littéralement et son énergie est canalisée naturellement par l’activité d’art. Après l’activité, l’enfant est plus calme et plus posé.

Difficulté: pour que l’activité fonctionne, il faut qu’elle soit menée pendant un certain temps pour permettre à l’enfant de rentrer réellement dans ce qu’il réalise et pour que cela lui soit bénéfique. Réaliser une activité d’art dans ce but en moins de 30 minutes est donc complètement inutile. » (http://tdah.be/sep/DewardCeline-tdahClasse.pdf, p.35)

Enfin, je crois que la pratique musicale est, en fait, un outil très important pour les enfants atteints de ce trouble de concentration, mais je crois que les parents qui inscrivent leurs enfants chez n’importe quel enseignant de piano n’est pas une une idée très réfléchie. Ils existe sûrement des professionnels capables de mieux gérer et mieux capter l’attention de l’enfant afin de bien lui enseigner tous les paramètres impliqués dans la pratique musicale. Les parents doivent être au courant de la difficulté de l’enseignement exigée par l’enfant, et doivent être capables de se mettre dans la peau de leur enfant, sachant que l’apprentissage d’un tel instrument peut être souvent très exténuant. Ils doivent être au courant que d’entreprendre une activité musicale, comme l’apprentissage d’un instrument, peut aider et même régler certains troubles, mais l’aide d’un professionnel reste un élément essentiel, et pas chaque professeur est « trainé » pour ce type d’enseignement. Il ne saura peut-être  pas comment s’y prendre pour  venir en aide à ce genre de déficience. 

Finalement, j’ai lu que plusieurs médicaments existent pour pouvoir contrôler ces troubles chez les jeunes, mais une chose est certaine : On ne peut pas douter des effets positifs offerts par la musique!

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Il y a 4 Commentaires

Portrait de Guillaume Brosseau

Tres beau texte. J'ai moi même un déficit de l'attention et c'est vrai que la musique m'a appris a me concentrer d'avantage. Mais je rajouterais une nuance. il est effectivement tres dur de ce concentrer sur une tache tel que apprendre la musique en 15 min mais pratiquement impossible si on n'a aucune motivation. Et je pense que la motivation d'un enfant de 3 ans est assez nébuleuse

Portrait de Mina Germanov

Je suis totalement en accord avec ce que vous dites.  Je vis, moi même, une expérience de ce genre. Il y a une semaine, j'ai accepté d'enseigner à un jeune garçon de cinq ans. La différence est que la mère m'a avertis qu'il avait un trouble d'attention et qu'elle espérait que la musique l'aide. L'enfant a beaucoup de difficultés à se concentrer car tout ce qui l'entoure est nouveau. J'ai donc tenté une expérience. J'ai demandé à la mère d'assister aux cours. Depuis, c'est elle qui fait la discipline. Comme l'enfant est confortable avec sa mère dans la pièce, il l'écoute. Il a toujours des problèmes, mais sa concentration est beaucoup plus prolongée (durant les 15 minutes de cours (lui aussi)) grâce à la présence de sa mère. Je crois aussi, pour rajouter au commentaire ci-dessus, que la motivation est très importante comme vous le dite. Dans ce cas-ci, je pense que l'enfant entre l'âge de 3 à 5 ans tire sa motivation par celle de ses parents et leurs encouragements. La présence des parents dans l'éducation des enfants avec ces troubles est très importante selon moi.

Portrait de Julien ROBIN

Je vais poursuivre dans le même sens de tout ce qui a été dit précédemment. Je n'ai pas eu vraiment de trouble de l'attention mais je suis autiste de haut niveau. J'ai voulu très tôt faire de la trompette mais, mes parents avaient compris qu'ils ne pouvaient pas me confier à n'importe quel professeur. Cela a pris des années avant qu'ils ne trouvent la personne qui m'a initié au solfège puis celle qui a été mon professeur de trompette il y a cinq ans. Ce n'étaient pas des professeurs spécialisé pour ce trouble mais ils avaient une sensibilité certaine qui m'a permis de progresser. Quand je fais de la musique, solfège ou pratique de la trompette, mon esprit est concentré au lieu de divaguer. Oui, la musique a des effets positifs également sur l'autisme, en tout cas pour moi.

Portrait de Marc-Antoine Boutin

En lisant le témoignage de Sara Germanov sur son expérience comme enseignante de piano auprès d'un jeune ayant des troubles de concentration et en parcourant les réponses que son texte a suscité, il m'a semblé pertinent de vous faire part d'un ouvrage du compositeur québécois Antoine Ouellette paru en 2011 : Musique autiste. Vivre et composer avec le syndrome d'Asperger (http://www.triptyque.qc.ca/argu/arguAutisme.html).

Antoine Ouelette, lui-même autiste, tente de répondre à diverses questions populaires telles que "qu'est-ce vraiment que l'autisme et le syndrome d'Asperger?", "comment cela se vit-il au quotidien?", "quelles sont les faiblesses et aussi les forces de l'autisme?", "comment un autiste peut-il s'exprimer en art?".

Je tiens comme distinct les troubles TDAH et les différents syndromes d'autisme, mais comme vous je crois que la musique peut contribuer positivement au développement cognitif des gens, particulièrement chez les jeunes et peu importe l'état du cerveau. 

Je vous laisse sur un documentaire que j'ai vu il y a quelques années portant sur l'autisme: https://www.youtube.com/watch?v=IcHXwu_TvYU.

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