L'Inutilité de l'art

Portrait de Virginie Cloutier-Naud

Mon père qui a travaillé toute sa vie dans l’alimentation et qui ne sait que plaquer deux accords au piano est tout de même le premier à m’avoir enseigné toutes les battues d’un chef d’orchestre, une notion qu’il a apprise et assimilée à l’école primaire. Parce que dans son temps, il y avait des vrais cours de musique à l’école! Il y avait même des cours de latin et de grec, sans oublier la place de choix qu’occupait la religion. Il n’y avait pas de ipad pour faciliter l’apprentissage et les films éducatifs étaient en noir et blanc.

Quelle époque ennuyeuse remplie de vide me direz-vous, sarcastiquement bien sûr.

Mon père n’a jamais été un grand intellectuel, mais lorsque je lui parle de musique classique, il est toujours content de me faire part des connaissances qu’il a parce que ça lui rappelle sa jeunesse, l’époque où on lui a appris à apprécier la belle musique. Pourquoi, soudainement, les arts disparaissent-ils de la formation scolaire de nos enfants? Qu’est-il arrivé pour que certaines matières deviennent «inutiles» aux yeux des formateurs?

Un argument politique

En sortant la musique, le théâtre, la danse et les arts visuels des écoles sous prétexte que ces disciplines ne sont pas utiles (comprendre «économiquement inutiles»), on rabaisse la population à une éducation de prolétaires, c’est-à-dire une population de classe moyenne servant uniquement à former des ouvriers aptes à exécuter des tâches spécifiques en entreprise. Cultiver son âme, sa personnalité, son intelligence émotionnelle, sa créativité, son autonomie… quelle perte de temps! On régresse en tant que société en fermant l’accès aux arts à nos enfants, à nos adultes de demain et en retranchant cette source de connaissance, on retire peu à peu un certain pouvoir à nos sociétés… une population qui n’a pas accès à l’information et à la connaissance s’appauvrit et s’assouvit inévitablement comme l’histoire nous l’a mainte fois démontré.

Un argument monétaire

Quand j’ai suivis ma formation en administration, nos professeurs nous expliquaient qu’il était crucial d’avoir une vaste culture générale pour pouvoir s’intégrer dans le milieu des affaires. Un exécutif qui connaît les grands opéras, les grands compositeurs, qui peut parler de Van Gogh ou qui sait apprécier un chef-d’œuvre architectural captera toujours davantage l’attention des gens de la haute société qui ont l’argent. Je me souviens que les élèves dans ma classe, pour la plupart, voyaient cette tâche comme une corvée. Les semaines qui suivirent furent des plus drôles puisque certains de mes collègues se mirent à essayer de «flasher» leurs nouvelles connaissances sur le monde des arts pour essayer de prouver à tous qu’ils avaient travaillé cet aspect de leur cv.

Évidemment, tout ce «flashage» de connaissances artistiques, cette superficialité nous dégoûte tous un peu puisque nous faisons partie de ceux qui se battent pour notre musique avec tout notre cœur et nous ne pouvons nous empêcher d’avoir du mépris pour des gens qui nous prennent pour des pelleteurs de nuages. Par contre, puisque nous rêvons que la musique retourne dans nos écoles, nous devons trouver le plus d’arguments possibles pour accrocher les gens provenant de tous les milieux,  et l’argument précédent vaut la peine d’être énoncé à nos pires ennemis pour obtenir ce que nous voulons, à mon humble avis bien sûr!  Après tout, ne faut-il pas bien connaître ses ennemis pour les vaincre?

Un argument thérapeutique

Ma tante, qui est chimiste, fait des problèmes mathématiques pour relaxer le soir après une dure journée de travail. Je dois admettre que, à part elle, je ne connais personne qui se soumette à cet exercice pour décompresser! La plupart des gens vont se déboucher une bière devant le hockey ou mettre la radio à tue-tête en hurlant leur chanson préférée. Déstresser est un besoin, pas un caprice. Les cas d’anxiété généralisée, de Toc, d’insomnie ne cessent d’augmenter. La musique est un outil parfait pour distraire les populations: Pas besoin de lire, pas besoin de réfléchir, même pas besoin de sortir de chez soi pour en écouter!

Je pourrais poursuivre ce billet avec des dizaines d’arguments relatifs à différents secteurs de notre société,  mais je vous ferai toutefois grâce des dix prochaines pages que pourraient engendrer mes réflexions! Je compte cependant m’atteler à la tâche par le biais d’un autre média, car je tiens à ce que notre société s’ouvre les yeux sur ce dossier qui me tient à cœur.

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