Qu'est-ce que la musique pop ?

Portrait de Guillaume Audet LImoges

Qu'est-ce que la musique pop ?

Dans les milieux académiques (universités, collèges, conservatoires, etc.), la musique pop est le plus souvent mise de côté. À part au sein de quelques établissements, les musiques classiques et jazz demeurent les principaux genres musicaux enseignés aux études supérieures. La musique pop est toutefois enseignée dans certains établissements, parce qu'elle occupe une part importante de l'industrie musicale, et les opportunités de travail dans ce milieu sont nombreuses.  J'ai remarqué que la définition de ce qu'est la musique pop diffère beaucoup d'une personne à une autre.  Voici donc quelques perspectives différentes de ce que pourrait être la musique pop.

- Il y a le public de concerts rock, punk-rock, alternatif qui considère écouter de la musique souvent associée à la contre-culture, à une critique sociale et donc à une certaine forme d'opposition à la musique pop commerciale.  Pourtant, il y a une grande partie de la musique rock qui comprend des progressions d'accords simples et des mélodies facilement mémorisables ou facile à chanter pour la plupart des gens. Pendant un concert, lorsque des centaines de milliers de personnes chantent à l'unisson toutes les paroles de toutes les chansons de leur groupe favori jusqu'à en perdre la voix, nous pouvons considérer qu'il s'agit d'une musique ou d'un mouvement  populaire.

- Certains artistes de musique électronique, DJs, et autres vont dire que leur musique n'est pas du pop car leur musique est instrumentale, c.-à-d. qu'il n'y a pas de voix chantée dans leurs chansons.  Il y a effectivement un lien entre la culture populaire et le chant, probablement parce que c'est l'instrument de musique le plus accessible, mais il serait absurde de dissocier la musique instrumentale de la musique pop. 

En somme, est-ce que la musique pop est définie selon le nombre de personnes rejointes ou plutôt selon la facilité qu'on a à la mémoriser?

Musique pop, musique simple ?          

Un des mythes les plus propagés dans le milieu de la musique en général est que la musique pop serait plus simple que d'autres musiques plus savantes et plus "évoluées".  Une étude assez populaire a été publiée à ce sujet.  Selon cette étude, la musique pop commerciale serait pauvre au niveau des progressions harmoniques et des arrangements. Toutefois, avec les années, elle a été enrichie grâce à des artistes intéressés à développer le timbre en musique. Également, dans cette étude, on semble vouloir dissocier la musique commerciale des musiques dites "indépendantes et "undergound".

Je crois qu'il est impossible de considérer les progressions harmoniques et les arrangements indépendamment de la richesse timbrale. En effet, la musique pop commerciale a pris un tournant électronique depuis plusieurs décennies. Si toutes les milieux de la musique, incluant le classique, le jazz et l'acoustique, font appel aux technologies du studio, certaines musiques sont empreintes encore plus profondément de  cette nouvelle touche sonore. La musique pop a donc intégré cette richesse timbrale évoluante.  C'est un fait que lors de composition et de production de musique, on ne peut utiliser trop d'ingrédients différents en même temps.  La musique d'Amérique du Sud peut contenir des rythmes ultra complexes. Elle doit absolument simplifier les progressions harmoniques, pour laisser de l'espace et pour conserver de la cohérence et de l'accessibilité.  Le fait d'intégrer des richesses timbrales plus complexes crée le même genre d'effet d'ajout d'ingrédients et il devient nécessaire de modérer les autres ingrédients pour mieux les agencer.  

Il faut aussi considérer que les sons sont comme des accords en eux même à cause des harmoniques implicites. Rajouter des mouvements musicaux mélodiques et/ou rythmiques dans les timbres des sons, revient au même que d'ajouter des accords ou une nouvelle partie dans un arrangement, car cela crée des tensions.  Donc, lorsqu'on ajoute des effets dans un son, il faut être capable de le gérer dans son contexte musical global. C'est pour cette raison que la musique minimaliste peut être très complexe. Un musicien pourrait interpréter une pièce facile avec talent et donner une meilleure expérience qu'une pièce difficile ou "complexe" mal rendue ou mal interprétée.  Parfois, les choses les plus complexes sont tellement bien faites qu'elles paraissent simples.  Ces détails subtils font qu'il devient de plus en plus complexe de définir ce qu'est la musique pop ou la musique complexe.  

Ma définition personnelle de la musique pop serait donc quelque chose comme: musique pouvant rassembler et mobiliser un nombre important de personnes tout en offrant une expérience synthétisée à son expression la plus efficace. C'est aussi une musique qui peut absorber n'importe quelle esthétique sans avoir de définition précise et qui est donc ironiquement la musique la plus ouverte.  

Et vous, quelle est votre définition de la musique pop ?

Il y a 3 Commentaires

Portrait de Teodor Peshleyski

Dire de la musique populaire qu'elle est plus simple et que d'autres styles sont plus évolués ne relève pas d'un mythe, mais bien d'une observation fort juste.

Tout d'abord, puisque tu sembles justifier sa pauvreté harmonique (et mélodique, je suppose, car elle en souffre tout autant) par sa supposée richesse timbrale, j'aimerais bien que l'on me présentât un exemple de cette dernière dans ce contexte, car je ne crois pas en avoir été témoin. 

À ma connaissance, la musique populaire évite délibérément la complexité afin de se rendre accessible à ceux à qui celle-ci ne l'est pas. C'est ce qui explique les mélodies monotones, les rythmes génériques et les harmonies insipides. Et puis, à bien y penser, je vois difficilement comment l'implication de certains timbres pourrait-elle nuire au développement de chacun de ces trois aspects qui, de plus, me semblent prioritaires par rapport à l'autre. 

Portrait de Guillaume Audet LImoges

donc pour toi, ta définition de musique populaire est surtout que c'est de la musique de mauvaise qualité ?

Portrait de Ishana Rahim

Puisque les règles de la musique populaire sont sous-entendues et très flexibles en comparaison avec la musique intellectuelle, il est parfois un défi de déterminer si une de ses pièces est complexe ou pas, car les points de références sont brouillés – il n’y a pas de théories établies tels que dans la musique classique et jazz, et les opinions à son sujet sont devenue confuses par l’influence des médias et des intérêts capitalistes, entre autres. Je pense qu’il est possible de se détacher des notions apprises de la théorie classique et jazz, ainsi que de faire abstraction aux influences sociologiques de la musique populaire, afin de l’analyser dans son contexte propre.

Les mots sont un prétexte pour pouvoir produire des sons, des timbres, avec la voix (ou les écouter). C’est pour cela que je chante parfois des chansons de la culture populaire qui seraient possiblement des blasphèmes d’un point de vue de musicien intellectuel. On a le choix de mettre les paroles à l’arrière-plan au profit du timbre et de la mélodie, ou vice versa. Le fait que les paroles renvoient souvent à des expériences de vie quotidienne est un bonus, selon moi. Dans certains cas, elle fait de la musique populaire une expérience d’abord émotionnelle, plus que cérébrale. Malgré que ses règles harmoniques et mélodiques sont souvent simples comparés aux autres genres musicaux, mais une profondeur peut parfois être ressentie, du moins sur des niveaux subtiles.

Afin d’apprécier la musique populaire en tant que musicien « savant », il faut selon moi se détacher des notions apprises de la théorie musicale classique et jazz, ainsi que de l’œil critique qui s’applique à la musique intellectuelle, mais pas nécessairement à la musique populaire. C’est un phénomène autre et sa méthode d’analyse est basée sur d’autres critères. Selon moi, il y a divers niveaux d’analyse d’une œuvre pop (avec paroles) qui peuvent se relier, mais qui sont à la base détachées les uns des autres : la prosodie seule (sur le plan sonore, sémiologique, structural), la prosodie en rapport avec la musique (comment a-t-elle été mise en mélodie?), l’interprétation des paroles (le jeu du chanteur, ce qui inclurait les sous-niveaux d’évaluation, soit : le timbre [est-elle variée? Unifiée? Quand est-ce qu’elle met en évidence un mot ou une phrase en particulier et pourquoi? Est-ce beau à l’oreille?], la prononciation, la technique vocale (clarté des notes, les trills, etc.), l’émotion transmise), l’aspect harmonique, l’arrangement…

Finalement, je pense que la question principale à se poser lors de l’analyse de tous les aspects d’une pièce populaire est « Pourquoi? ». C’est avec la réponse que nous pouvons déterminer si l’œuvre est réellement aussi simple qu’elle paraît. La réponse sera souvent subjective; une même œuvre peut sembler très simple pour une personne tout en évoquant une expérience riche pour une autre. C’est toujours relatif. Personnellement, je trouve qu’il est parfois difficile de déterminer si une pièce populaire est intelligemment créée ou pas -- et avec authenticité ou pas. Mais avec un peu d’observation, de sens critique, et d’ouverture d’esprit, on y voit des différences parfois subtiles qui peuvent qualifier une pièce populaire de bon goût ou pas, « d’artistique » ou de « capitaliste », etc.

 

Je trouve qu’il y a beaucoup de beauté dans la simplicité. C’est souvent le même message qui est transmis par les mêmes mots et chemins harmoniques et mélodiques, mais les subtilités et les variantes transforment complètement l’expérience, évoquant toujours du neuf.

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