Gérer la pratique de son instrument

Portrait de William Régnier

Comme musiciens, nous consacrons plusieurs heures par jour à la pratique de notre instrument. Chacun a une manière différente de gérer son temps et ses objectifs. Existe-t-il une « formule gagnante » ? 

Le temps

En parlant entre collègues, j’ai souvent entendu des phrases du genre : « Aujourd’hui, j’ai pratiqué six heures ». Pour moi, pratiquer six heures (ou même plus !) est plutôt inconcevable. À moins d’avoir une capacité de concentration hors norme, il est impossible d’avoir une pratique efficace et focalisée aussi longtemps. En effet, le niveau de concentration a tendance à chuter après deux heures de pratique et il y a très peu d’avantages à continuer sa pratique passé quatre heures1. Certaines personnes croient pratiquer six ou huit heures, alors qu’en réalité, c’est leur temps de présence dans leur local qu’elles ont calculé, et non leur temps de pratique efficace. L'une des erreurs les plus fréquentes est de laisser son téléphone ou autre appareil électronique ouvert. Rien n’est plus dérangeant que de recevoir des alertes quelconques. Le mieux est d’éteindre carrément l’appareil. Le but est d’avoir un minimum de distractions pour obtenir le plus haut niveau de concentration possible.

Les objectifs

Je crois que c’est un aspect de la pratique qui est souvent négligé. Que l’on pratique une heure ou bien six heures, le but est d’atteindre des objectifs. Il est important de fixer des objectifs à court, moyen et long terme. Si, à chaque séance, on fixe de petits objectifs qu’on réussit à réaliser, le jeu instrumental et le moral seront meilleurs. D’un autre côté, si les objectifs ne sont pas réalisables à court terme, cela créera du découragement. J’entends souvent certains étudiants se plaindre qu’ils n’ont pas assez pratiqué, mais ne serait-il pas plus logique de se poser la question suivante : « Ai-je atteint mes objectifs aujourd’hui? ».Voici ce qui est primordial : réaliser ses buts, que ce soit en trente minutes ou en trois heures. Selon moi, une bonne manière de fixer des objectifs est d’établir une liste. Il est aussi important de se faire un compte rendu à la fin de la journée pour savoir si certains objectifs n’ont pas été atteints et ainsi les ajouter immédiatement à la liste du lendemain.

Pour conclure sur une note plus personnelle, voici la méthode qui fonctionne le mieux pour moi. J’aime faire plusieurs petits blocs de pratique très focalisée, séparés de courtes pauses de cinq à dix minutes. Mes blocs durent au minimum 15 minutes et au maximum 45 minutes, selon ce que je pratique, et il y a toujours un (et seulement un !) objectif par bloc. Je vous laisse aussi une liste de 10 trucs pour optimiser votre pratique à l'instrument 2. Au final, je crois qu’il existe bel et bien une « formule gagnante », mais qu’elle est unique à chacun. Le plus important est d’être organisé. Bonne pratique !

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Il y a 5 Commentaires

Portrait de Mathieu Laroche

Très intéressant, j'ai très souvent, moi-même, pris le temps de me demander si cette formule gagnante de pratique ,dont tu parles, existe bel et bien.

 Par ailleurs, comme tu l'as mentionné à la fin de ton blogue, je pense aussi que cette formule gagnante est propre à chacun. Oui, il y a des manières de pratiquer qui sont meilleures que d'autres, mais d'une part, chacun de nous sommes uniques, avons un cerveau unique, personne n'apprend de la même façon, personne ne possède les mêmes expériences, personnes ont les mêmes capacités sensorielles, etc. Comme tu l'as dit, on peut contrôler certains aspects de la pratique assez facilement; le temps de pratique, le temps de pauses et les objectifs. Cependant, contrôler son cerveau, contrôler sa conscience, sa concentration c'est beaucoup plus complexe. Finalement, c'est la maitrise de soi même, la connaissance de soi, l'autodiscipline, la gestion de temps et la fixation d'objectifs réalistes, qui nous amènent à cette formule gagnante.

Portrait de David Lemyre

Je suis entièrement d'accord avec toi! Par contre, la formule gagnante est bel et bien différente d'un musicien à l'autre mais je crois que celle qu'on voit le plus souvent et qui semble être la plus efficace est une comme la tienne.

La meilleure méthode est toujours selon moi, une variation de pratiquer en blocs de 45-60 minutes et de travailler sur un ou deux aspects précis, rarement j'entends dire qu'il est plus efficace de pratiquer 2-3 heures d'un coup. 

je trouve aussi qu'il est aussi beaucoup plus facile mentalement et physiquement de pratiquer 3-4 heures par jour quand nous séparons nos pratiques en petits bloc ayant un ou deux objectifs et c'est beaucoup plus motivant comme cela car nous accomplissons plusieurs petites taches au lieu de se casser la tête sur un gros truc en une frappe de plusieurs heures.

Portrait de Benjamin Cordeau

Oui ! Je suis parfaitement en accord avec toi. Pour ma part, je n'ai jamais été fan des longues périodes de pratique personnelles et j'ai aussi remarqué qu'en effet, durant ces longues périodes où je m'entête à vouloir tout achever en même temps, je perd mon temps en plus de me laisser distraire par certaines choses extérieures comme les réseaux sociaux sur mon cellulaire.

J'aimerais ajouter un aspect ici. Je pratique la trompette, instrument qui est très demandant techniquement et physiquement. Je me rend compte encore plus tous les jours à quel point les petites pauses entre les blocs de pratiques sont nécessaires. Dans mon cas, si je ne prend pas de pause parce que ''j'ai tellement de trucs à pratiquer, il faut j'me dépêche !'', je me fatigue ultra rapidement. Mon endurance en prend un coup, mes muscles faciaux et mon moral aussi. Du coup, je peux pratiquer moins longtemps, moins efficacement et ma pratique du lendemain risque d'être plus hardue considérant la fatigue de mes lèvres acquise la veille. J'imagine que cette situation peut se tranposer d'une façon ou d'une autre aux différents instrumentistes.

Ceci étant dit, même encore aujourd'hui, il m'arrive de pratiquer inefficacement. Bref, merci pour ton opinion, j'en prend note ! Bon blogue !

Portrait de Antoine Pigeon-Bourque

Je crois que tu soulèves ici un point promordial de la vie d'un musicien. Nous sommes conditionnés à pratiquer depuis plusieurs années déjà, mais qui n'a jamais ressenti cet affreux sentiment de perdre son temps durant les longues heures de pratique, et d'en ressortir en ayant l'impression qu'on a reculé!
Je me suis longtemps demandé comment faire pour rentabiliser la pratique le plus possible. Bien sûr, tout le monde a son propre mode de travail, mais reste que plusieurs éléments sont à prévoir pour tous. Je ne radoterai pas les bons conseils déja énumérés si dessus, mais je m'attarderai à cela: je pense qu'il est important de planifier d'avance le travail qu'on va faire dans une pratique, et de personnaliser cette planification aux diverses conditions que le moment présent nous impose.

Ça a peut-être l'air anodin, mais si, par exemple, je viens de faire un travail manuel et je pratique après, je vais me donner plus de temps de pause dans ma pratique, afin de pouvoir continuer à pratiquer plus longtemps sans me fatiguer ou me blesser.

 

Avec un peu de temps et d'énergie, à force de se "pratiquer à pratiquer", on devient plus à l'aise avec cette dite pratique et elle devient plus facile, moins épuisante, donc plus efficace! Après tout, beaucoup d'entre nous sont "condamnés" à pratiquer à chaque jours pour le reste de notre vie, aussi bien ne pas gaspiller tout ce temps!

 

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